● Si l’IA favorise l’efficacité des profils seniors sur des architectures complexes, elle pose un défi pour l’intégration des juniors. Elle pousse également Orange à renforcer l’expertise interne.
● Frédérique Hachmi, Directrice SI OF domaine DATA-IA chez Orange, explique que le succès d’une transition IA repose sur la curiosité, une posture de chef d’orchestre et une collaboration en boucles très courtes avec les métiers.
Comment accompagnez-vous les développeurs d’Orange dans l’adoption de l’intelligence artificielle ?
Nous avons déployé des outils d’aide et d’assistance aux développeurs dans le but de les accompagner au quotidien dans leurs activités et d’explorer concrètement ce que l’IA peut produire. Au-delà de la simple génération de code, nous travaillons sur des fonctionnalités clés : tests unitaires, tests de non-régression et documentation, etc. On souhaite insuffler une dynamique positive et favoriser les initiatives, par exemple via des « challenges IA » au sein des équipes IT. L’objectif est de les aider à automatiser des tâches de productions fastidieuses.
On se dirige davantage vers des profils de chefs d’orchestre capables de prendre du recul sur l’intégration des agents, de la data et des tests.
Quel est l’avantage de l’IA pour améliorer la documentation du code et les tests ?
Historiquement, la documentation est une tâche chronophage peu prioritaire pour un développeur. Or la documentation est vitale pour la maintenance des applications et des infrastructures à long terme, surtout quand certaines d’entre elles ont parfois plus de dix ans. L’IA permet désormais de mieux structurer la documentation en temps réel, ce qui facilite la reprise ultérieure du code par d’autres collaborateurs. Pour les tests, on fait le même constat : parce qu’il faut toujours aller vite, on ne couvre qu’un spectre réduit de la surface du code à tester. Maintenant, l’IA permet de livrer des applicatifs avec un haut niveau de disponibilité et de service.
Quelles sont les compétences attendues chez un développeur aujourd’hui ?
La curiosité technologique est au cœur de nos attentes : ils doivent manifester de l’appétence à l’égard d’outils comme GitHub Copilot ou Claude, et être capables de faire une veille constante.
Les développeurs vont majoritairement faire appel aux mêmes compétences mais les mobiliser différemment. Le vrai changement, c’est l’hybridation des profils. On se dirige davantage vers des profils d’architectes techniques capables de prendre du recul sur l’intégration des agents, de la data et des tests tout en garantissant la sécurité des solutions.
Parmi les critiques que l’on peut lire sur l’adoption massive de l’IA chez les développeurs, on retrouve souvent le sujet du déséquilibre à venir entre juniors et séniors dans les équipes…
C’est en effet un sujet qu’il faudra surveiller car les séniors utilisent l’IA de manière intensive au point parfois de saturer leurs quotas de requêtes. Et paradoxalement, le marché se tend pour les développeurs juniors. Cela s’explique notamment parce que l’IA peut produire aisément du code moderne comme le Python, ce qui peut mettre en danger des développeurs juniors.
Mais l’IA est moins performante sur des structures backend ou des langages plus anciens pour lesquels l’expertise humaine reste toujours centrale.
Cela pousse donc les développeurs à se spécialiser dans des domaines où l’expertise humaine reste indispensable. Notre enjeu est de mieux accompagner les profils juniors dans ce contexte, notamment via des binômes avec des séniors, car il nous faudra être en mesure de remplacer par la suite nos chefs d’orchestre.
La plupart des sociétés technologiques doivent-elles s’attendre à une réduction de leurs effectifs ?
Des entreprises comme Anthropic parlent d’un facteur d’efficacité de 1 à 5 grâce à l’IA. Chez Orange, cela va impacter notre modèle de production : il est fort probable que le recours aux prestataires externes évolue sur le contenu des activités et se réduise. En d’autres termes, nous souhaitons recentrer nos talents internes sur l’orchestration d’agents et l’intégration de bout en bout dans notre système d’information. L’appel à des ressources externes sera limité à des besoins très spécifiques.
Les entreprises vont-elles devoir se réorganiser en profondeur ?
Une organisation est vivante et s’adapte en permanence dans un environnement où les technologies évoluent vite, très vite. Libérer la créativité, faciliter l’agilité sont les clés de cette résilience, tout comme l’engagement des collaborateurs.
L’IA impacte nos modes de fonctionnement : nous travaillons avec une proximité renforcée avec les métiers, avec des itérations de plus en plus courtes pour répondre à leurs enjeux et produire la valeur attendue. Elle nécessite aussi de faire preuve de plus de flexibilité, d’aller chercher la compétence là où elle se trouve et ce, au-delà des silos habituels. Un développeur expert du domaine réseau peut prêter main forte sur un sujet grand public du jour au lendemain. C’est cette agilité et cette capacité d’adaptation qui vont désormais, au-delà de ses compétences techniques, définir ce qu’est un développeur à l’heure de l’IA éthique et responsable.
En savoir plus :
How AI assistance impacts the formation of coding skills (Anthropic) (en anglais)
Spotify says its best developers haven’t written a line of code since December, thanks to AI (en anglais)
The developer role is evolving. Here’s how to stay ahead. (Github) (en anglais)







