• Ces réseaux sont gérés via une plateforme numérique et des compteurs intelligents (Orange Smart Metering) permettant le suivi de la consommation et le prépaiement de l’électricité via Orange Money.
• D’après les premiers retours d’expérience, ces réseaux permettent aux ménages ruraux d’améliorer leur niveau de vie grâce à de nouvelles activités génératrices de revenus ou à une productivité accrue.
En raison d’une faible densité de population, l’extension des réseaux électriques centralisés est trop coûteuse dans de nombreux pays, notamment d’Afrique subsaharienne, où près de la moitié de la population n’a pas encore accès à l’électricité. De plus, une part importante de l’électricité consommée n’est jamais payée, ce qui freine les investissements.
Le mini-grid permet de passer d’un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat d’opportunité
Les systèmes solaires domestiques (Solar Home Systems, SHS) répondent en partie au besoin. Alliant innovation de produits (panneaux solaires et batterie), d’usages (paiement via USSD) et de business models (pay-as-you-go), ces solutions individuelles répondent à des besoins primaires (lumière, recharge du mobile, petit ventilateur, radio, etc.), mais ne peuvent soutenir des usages professionnels ou domestiques plus gourmands en énergie.
Un modèle pensé pour plus d’équité et d’efficacité
Des alternatives décentralisées (« off-grid ») existent, explique Nat-Sy Missamou, responsable d’Orange Energies en Afrique et Moyen-Orient. « Le modèle des mini-grids repose sur une production décentralisée avec une infrastructure collective – ce qui minimise les coûts du kWh par rapport à un SHS –, adaptée à des villages éloignés des grands réseaux nationaux. Chaque foyer est équipé d’un compteur intelligent. Nous avons développé une plateforme, Orange Smart Energies, capable de piloter ces compteurs intelligents, un peu comme un Linky [compteur intelligent en France] adapté aux contextes africains. » Les habitants prépaient leur consommation via Orange Money, reçoivent des alertes SMS lorsque leur crédit diminue et peuvent recharger instantanément leur compte. « L’électricité est payée avant d’être consommée. Cela sécurise économiquement les projets tout en restant très accessible pour les habitants. »
De tels mini-réseaux électriques (« mini-grids ») hybrides (solaire, batteries et diesel) offrent depuis 2025 une électricité abordable à Kalinko et Siguirini en Guinée (environ 8000 habitants chacune), zones rurales dépourvues d’infrastructures énergétiques. La société Solar Grid Guinée a déployé les infrastructures (en partie subventionnées) et les maintient. La Banque mondiale, l’AFD via l’Agence Guinéenne d’Electrification Rurale (AGER) et les partenaires privés (Orange et IPT Powertech, un producteur d’électricité) ont financé le projet. La tour télécom alimentée par ce mini-réseau assure l’équilibre économique du projet. Le modèle économique repose sur le pari qu’une électricité stable et peu onéreuse aura des impacts économiques et sociaux positifs à travers la stimulation de l’activité locale et une augmentation attendue du bien-être des populations. Erwan Le Quentrec, responsable d’une équipe de recherche en sciences humaines et sociales chez Orange, explique : « Pour rendre le modèle viable et duplicable, il faut démontrer que le gain de croissance économique engendré par le mini-réseau couvre son coût total d’installation et de maintenance (total cost of ownership) sur sa durée de vie. »
Premiers retours positifs
Orange Research mène depuis 2025 une étude d’impact quantitative et qualitative dans les deux localités, explique Virginie Comblon, économiste du développement chez Orange. « Plus de 900 ménages ont déjà été enquêtés avant l’installation des mini-réseaux dans les villages pilotes et témoins et une seconde vague est prévue cet été afin d’évaluer l’évolution des activités économiques, de l’éducation, des usages numériques ou encore des conditions de vie. »
La phase qualitative (entretiens individuels et groupes de discussion) menée en avril 2026 met en lumière de réels changements et une très grande satisfaction des bénéficiaires. Avant, les habitants dépendaient soit de petites installations rudimentaires soit de SHS et, pour les activités les plus énergétivores, de groupes électrogènes – chers, bruyants, polluants et instables. « Le courant arrivait quelques heures, tombait en panne sans prévenir, et les tensions étaient telles que certains techniciens en charge de ces groupes électrogènes recevaient des menaces », explique Servane Fauvet, ingénieure de recherche chez Orange.
Depuis l’installation du mini-réseau, les usages commerciaux et professionnels se multiplient : cafés équipés de machines expresso, brodeuses électriques, ventes de boissons fraîches et glaces italiennes, conservation de denrées périssables dans des congélateurs. Certains habitants créent des points Wi-Fi payants alimentés par l’électricité du réseau. « Le mini-grid permet de passer d’un entrepreneuriat de survie à un entrepreneuriat d’opportunité », souligne Servane Fauvet. « Les habitants imaginent de nouveaux services, de nouveaux commerces, de nouvelles activités économiques. »
L’électrification impacte les services publics. Le dispensaire local peut désormais conserver des vaccins et éclairer les salles de consultation à moindre frais par rapport aux solutions antérieures. « L’électrification apparaît également comme un levier contre l’exode rural. Un ingénieur informaticien formé à Conakry a ainsi décidé de rester travailler à Kalinko après l’arrivée du réseau électrique car il y perçoit de réelles opportunités de développement de son entreprise », note la chercheuse.
Bien que l’accès au réseau soit relativement abordable, le coût du câblage électrique de l’habitation reste un frein pour les foyers les plus modestes. Des écoles et d’autres infrastructures publiques attendent des financements pour être raccordées.
Ce modèle d’électrification rurale semble donc à la fois durable, économiquement viable et créateur d’impact local. Pour Servane Fauvet, « ici, l’électricité stable et disponible à bas coût offre bien de nouvelles perspectives économiques et sociales ».
En savoir plus :
- Vidéo de présentation de l’AGER (1mn)
https://www.youtube.com/watch?v=rv24w6nxqRk
- Bilan et perspectives de l’expérimentation « Tablettes » au Niger
https://hal.science/hal-01474618/file/tablette2015_04_01.pdf
Erwan Le Quentrec
Virginie Comblon




