A ChangeNow, des start-up engagées utilisent l’IA pour transformer données en actions concrètes

• Le salon ChangeNow, à Paris, met en lumière l’usage de l’intelligence artificielle pour automatiser le reporting ESG, la détection des risques environnementaux et la gestion de la biodiversité.
• Entre réalité virtuelle immersive et micro-learning généré par IA, les entreprises transforment la formation des collaborateurs sur les enjeux climatiques et l’inclusion sociale.
• Des outils innovants émergent pour renforcer l’accessibilité numérique et accompagner les salariés face aux maladies chroniques ou aux discriminations au travail.

Du 30 mars au 1er avril dernier, Paris accueillait une nouvelle édition de ChangeNow, salon de référence consacré à l’innovation et à l’impact positif pour la planète. Près de 40.000 visiteurs ont pu y découvrir 300 exposants et 1000 solutions imaginées pour répondre aux défis sociaux et environnementaux. Certaines start-up présentes ont mis en avant des usages concrets de l’Intelligence Artificielle : automatisation du reporting , gestion de la biodiversité, détection des risques environnementaux, nouveaux formats de formation, etc. L’IA, qui pose elle-même des problèmes sociaux et environnementaux justifiant une approche éthique et frugale, rejoint ainsi la palette des outils au service de l’impact.

Automatiser le reporting et les obligations ESG

Former ses employés aux risques environnementaux ou risques métiers nécessite d’importantes ressources. Pour la start-up berlinoise Akdo, présente à ChangeNow, l’IA incarne une réponse adaptée. « Notre solution propose un outil d’IA qui va exploiter les données des rapports ESG des entreprises pour créer des modules d’e-learning ou de micro-learning », explique Alice Fratoni, spécialiste en conception pédagogique. Les outils de la société permettent aux entreprises clientes, à partir de documentations, de générer des vidéos de formation ou des scénarios sur des thématiques comme la sécurité ou la santé au travail. Une autre société berlinoise, Briink, automatise l’extraction et la vérification de données ESG pour faciliter le reporting réglementaire. « L’objectif, c’est d’automatiser la production de certains rapports comme les rapports EcoVadis ou le reporting Carbon Disclosure Project (CDP) », indique Lois Leko, gestionnaire de compte chez Briink.

Transformer les données environnementales en décisions

Thématique centrale à ChangeNow, la protection de l’environnement et de la biodiversité connaît également sa transformation grâce à l’IA. Stéphanie Bonet, responsable développement chez Terasol, évoque la solution Exomap proposée par la société suisse, « un SaaS cartographique qui, grâce à l’analyse des données open data, d’images aériennes et de sondages géologiques, permet par exemple aux collectivités d’appréhender le potentiel des sols, leur composition et leur perméabilité » – données essentielles dans la stratégie de végétalisation des villes. Du côté de Marseille, Natural Solution entend mettre « le meilleur de la technologie au service de la biodiversité ». À partir de données sur la faune, la flore, l’ADN, de données satellitaires, etc., la société construit des outils qui permettent aux ONG de conservations, parcs naturels ou musées, de gérer leurs données. « Nous avons par exemple conçu Ecoteka, un outil de gestion du patrimoine arboré dans les villes, qui permet de générer automatiquement des rapports grâce à des algorithmes capables de reconnaître automatiquement des espèces grâce à l’analyse de la taille des arbres via LiDAR et de données satellitaires », explique Lucie Gallegos ingénieure agronome.

« L’intelligence artificielle permet également de détecter des départs de feux de forêt pour faciliter l’intervention des pompiers », se félicite Anne-Cécile Pelletier, country manager France de FireTracking. La start-up née à Nouméa a permis de réduire de 95% la surface brûlée sur l’île au cours des trois dernières années. « Nous proposons un logiciel qui s’adosse à des caméras fournies par des partenaires capables de détecter en moins d’une minute un départ de feu dans un rayon de 20km. En d’autres termes, avec 20 caméras on couvre la quasi-totalité de l’Indre et Loire, un département client, soit 6000 km². »

L’optimisation des ressources ne concerne pas uniquement les territoires terrestres. Les bateaux de croisière ont l’obligation de déclarer les déchets déchargés (déchets alimentaires, plastique, verre, etc.) et de payer en fonction du volume déclaré. La start-up espagnole Blue Room Innovation entend les inciter à limiter les décharges illégales en mer grâce à des outils de machine learning : « Nos algorithmes se basent sur l’évaluation du nombre de passagers et des informations déclarées aux autorités sur les déchets par les bateaux de croisière à chaque port », explique Marc Melus, Chief Business Officer de la société.

jumelles et instruments d'optique sur une table

Ces jumelles assistées par IA, conçues par les Autrichiens de chez Swaroski Optik, permettent d’identifier oiseaux et autres espèces animales par simple pression d’un bouton.

Former les collaborateurs autrement

Partant du constat que nos décisions professionnelles ont davantage de conséquences environnementales que nos décisions personnelles, différentes start-up entendent faire bouger les lignes dans l’engagement collaborateur. C’est notamment le cas de la société belge Planet is the limit qui vise à sensibiliser les citoyens aux limites planétaires. « On utilise par exemple l’IA pour générer des mini-podcasts pédagogiques au sein des réponses aux quiz dans nos modules de formation », note Loïc Bar, le fondateur du projet. De l’autre côté de la Manche, Hurd a développé une application gratuite qui se présente comme un TikTok où des influenceurs ou des utilisateurs vont proposer des contenus de cinq minutes pour par exemple apprendre à identifier des fake news sur le climat.

Reste que l’immersion est peut-être le meilleur moyen de sensibiliser les collaborateurs. C’est du moins le pari de Reality Academy qui a développé des modules de formations en réalité virtuelle. « L’idée est de proposer aux utilisateurs de se mettre dans la peau d’une personne handicapée ou discriminée au travail et d’ouvrir le dialogue en entreprise », explique Ahmed Ben Megdoul, responsable diversité et RSE de la start-up. Une technologie de reconnaissance vocale permet par ailleurs d’entraîner les collaborateurs, par exemple ceux travaillant dans des entreprises de transport, à réagir de manière appropriée aux incivilités ou objections clients. A Toulouse, Ju Landes, fondatrice de The Seed Crew a quant à elle développé un serious game pour sensibiliser les employés aux discriminations en entreprise : « On a délibérément fait le choix de ne pas utiliser l’IA car notre jeu se base sur cinq années de recherche en sciences humaines et sociales. » Le jeu met ainsi des personnes en situation de victime, témoin ou agresseur dans des scénarios de racisme, sexisme, validisme, âgisme, LGBT-phobie, etc.

Rendre les organisations plus inclusives et plus résilientes

ChangeNow fut également l’occasion de découvrir des sociétés qui militent pour l’inclusion et qui fournissent des solutions adaptées. Alexis Hagron, senior key account manager chez Facil’iti démontre comment l’outil développé par sa société permet de rendre les sites Internet accessibles pour tous types de handicaps. « C’est un projet issu de cinq années de R&D avec des partenaires comme France Parkinson ou l’APF. On adapte les sites de nos clients sur mesure en définissant par exemple les zones de clics pour les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. On a également développé des outils adaptés aux personnes souffrant de troubles dys qui permettent de changer la police, d’espacer les mots ou les syllabes, de mettre des lettres en couleur, etc. » Une fois les filtres choisis par l’utilisateur, un cookie essentiel lui permettra d’accéder à tous les sites qui utilisent la solution. « On équipe à ce jour 3000 sites dans le monde », précise Alexis Hagron.

De plus en plus de personnes doivent faire face à la maladie comme le cancer, ou comptent des proches dans cette situation. Chez Wecare@work, Anne-Sophie Tuszynski s’est donné pour mission de briser le tabou des cancers et des maladies au travail et d’accompagner, via une plateforme en ligne, travailleurs et managers dans l’appréhension de ces problématiques. « Nous avons récemment équipé la plateforme d’un agent conversationnel intelligent qui permet à quiconque d’accéder le plus rapidement à la bonne information. » La plateforme, conçue avec des utilisateurs, propose également aux employés de prendre rendez-vous avec un psychologue s’ils en ressentent le besoin. « A ce jour, nous couvrons 300.000 salariés en France. »

Bien malin qui peut prédire le futur de l’IA et de son écosystème matériel et économique fondé sur l’exploitation de ressources naturelles. À ChangeNow, l’IA apparaît cependant moins comme une fin en soi que comme un levier concret pour mieux former, mieux prévenir, mieux inclure et mieux décider.

Scénarios :

Présent sur le salon, l’illustrateur et urbaniste Benjamin Marquette, a contrario, n’utilise pas l’IA ni les outils graphiques numériques pour réaliser les macro-illustrations au cœur de ses Scénarios. C’est notamment avec le public de ChangeNow, dans une démarche participative, qu’il a créé ces visions d’avenirs différents. Et si un autre projet, à La Défense, avait été préféré à celui de l’Arche ? Comment imaginer le parc Sainte-Croix, en Lorraine, adapté par un passage du modèle de la monoculture à celui de l’agroécologie ?

Benjamin Marquette montre des illustrations de paysages urbains et ruraux.

L’artiste Benjamin Marquette présente ses « Scénarios », macro-illustrations conçues avec la participation du public de ChangeNow. Plusieurs versions de l’avenir, visions plus ou moins « durables », donnent un cadre à la discussion.

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